En France et en Italie, les mobilisations d’octobre 2026 posent une question embarrassante aux gouvernements européens : appliquent-ils chez eux les principes qu’ils invoquent lorsque d’autres peuples contestent leur pouvoir ? Les déclarations récentes et les précédents diplomatiques révèlent un contraste qui mérite davantage qu’une réponse sécuritaire.

Le 22 octobre, Emmanuel Macron a souhaité restreindre les manifestations du week-end, visant, selon LCP, des « gens qui n’ont aucune légitimité pour cela ». Les cortèges syndicaux resteraient susceptibles d’être autorisés. Le gouvernement invoque des décisions préfectorales au cas par cas et rappelle l’existence de recours judiciaires. Cette précision compte : la doctrine annoncée ne constitue pas une interdiction effective de tous les rassemblements.

Mais le vocabulaire interroge. Le pouvoir peut apprécier des risques ; il ne devrait pas distribuer des certificats de légitimité à ceux qui le contestent. Une revendication ne devient pas indigne d’être entendue parce que son organisation échappe aux interlocuteurs habituels du gouvernement.

En Italie, ANSA a documenté les cortèges du « No Meloni Day » du 16 octobre. Pagella Politica distingue les demandes étudiantes sur l’enseignement et le logement des actes de vandalisme survenus dans certaines villes. Le 20 octobre, la Défense confirme l’approbation d’un renfort de 500 militaires à Milan, pour la surveillance et le contrôle du territoire dans le cadre de Strade Sicure. Les présenter indistinctement comme des soldats chargés de réprimer les étudiants serait inexact. En revanche, leur mobilisation ne répond pas aux revendications sociales.

Louis Sarkozy illustre un autre registre : celui de l’infantilisation. Dans Causeur, le 18 octobre, il décrit une époque où, parlant de l’enfant, « on le remettait doucement à sa place ». C’est son opinion, pas une position gouvernementale. Dans la transcription d’un débat BFM intitulé « Flora Ghebali face à Louis Sarkozy — 16/10 », il approuve aussi l’injonction faite aux lycéens de retourner travailler. Ces propos critiquent leur mobilisation ; ils ne permettent pas de lui attribuer une déclaration juridique précise niant leur droit de manifester.

Le contraste international est pourtant réel. Le 11 novembre 2022, Macron saluait chez des femmes iraniennes « la révolution qu’elles sont en train de conduire », selon l’AFP. Ce soutien à une contestation née après la mort de Mahsa Amini était légitime. Il oblige cependant à examiner avec la même attention les voix qui dérangent le pouvoir français.

Plus explicitement, le 18 août 2011, Nicolas Sarkozy, David Cameron et Angela Merkel demandaient à Bachar Al-Assad de quitter le pouvoir. Leur déclaration invoquait la répression sanglante et les violations massives des droits humains. Elle démontre une demande européenne de départ d’un dirigeant, pas l’existence d’une règle selon laquelle toute manifestation suffirait à rendre un gouvernement illégitime.

Les situations ne sont pas équivalentes. Les élections pluralistes et les recours disponibles en France et en Italie comptent, tout comme les différences de répression avec l’Iran ou la Syrie d’Assad. Mais ces garanties renforcent l’exigence de cohérence ; elles ne dispensent pas d’écouter.

L’article 15 de la Convention relative aux droits de l’enfant reconnaît la réunion pacifique, sous réserve de restrictions légales nécessaires. La minorité n’efface donc pas ce droit. Les violences appellent des sanctions individuelles ; elles ne devraient pas rendre toutes les revendications inaudibles.

L’hypocrisie commence lorsque la frontière transforme le sens du principe : dignité des peuples ailleurs, soupçon envers les siens. La cohérence n’exige ni d’applaudir les pillages ni de réclamer automatiquement une démission. Elle exige de protéger partout la contestation pacifique. Il est facile d’admirer les peuples qui interpellent un autre pouvoir. L’épreuve démocratique commence lorsqu’ils interpellent le vôtre.